BEJAIA: Un bijou sans écrin

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BEJAIA: Un bijou sans écrin

Message  setamir le Lun 28 Juil - 13:50

L'EXPRESSION du 19 Juillet 2008
Par Arezki SLIMANI



Un bijou sans écrin


Le littoral béjaoui, qui s’étale sur une centaine de kilomètres, compte de nombreuses merveilles, qui font de la capitale des Hammadites une destination de rêve pour des milliers d’estivants. Une réputation qui reste a découvrir à Boulimat, Saket, Tighremt,Ouadas à l’ouest, Tichy, Aokas, Souk El Thenine, Melbou à l’est, autant de plages les plus cotées parmi une trentaine de sites qui reçoivent chaque année entre 10 et 15 millions de visiteurs. Un panorama envoûtant fait d’un mariage naturel entre le bleu turquoise de la mer et le vert de la montagne. Mais l’homme, toujours lui, au lieu d’apporter ce plus, n’a fait qu’aggraver la dégradation.

Vendredi 12 juillet. Plage de Boulimat. C’est le week-end, période d’affluence record. La plage est pleine à craquer. Des jeunes et moins jeunes se côtoient dans un climat de chaleur intense et sous l’oeil vigilant des gendarmes. Par groupe ou en solitaire, tout le monde tente de profiter au mieux d’une mer calme. Chaque été, Boulimat fait office de station balnéaire très prisée par les Bougiottes en particulier. C’est là que trouvent repos la plupart d’entre eux qui fuient la grande affluence que subissent les plages de la côte Est. «Ici, c’est calme et bien fréquenté. On peut vraiment y passer une journée agréable», nous dit d’emblée un habitué de Boulimat.
L’espace manque visiblement et ce n’est pas cette famille qui vient d’arriver qui va nous contredire. «Je viens régulièrement ici depuis quatre ans», dit le chef de famille, qui précise sans qu’on le lui demande qu’«ici, c’est tranquille, c’est plus ou moins propre et c’est sécurisé». Notre interlocuteur habite pourtant dans une autre ville côtière qu’il a désertée pour des raisons qui vont à l’encontre des motivations qui l’ont conduit à Boulimat. Tout en discutant, il déniche une petite place près d’une famille que l’on reconnaît comme étrangère à travers sa tenue de baignade. «Nous habitons Lyon et nous sommes ici pour un mois de vacances», dit-il en indiquant du doigt le bungalow qu’il a loué pour l’occasion. Nous le suivons du regard pour découvrir une sorte de villa inachevée. C’est à peu près l’image de toute la côte de Béjaïa. Le béton est roi. A Saket, Tighremt, Ouadas, autres merveilles de la côte Ouest, la nature est peu envahie par le béton mais ce n’est que provisoire, nous dit un commerçant du coin. «Le foncier est fortement convoité ici. Son prix s’envole d’une saison à l’autre», avoue-t-il. Ce qui le laisse penser à une poussée prochaine de bâtisses. Ce résident espère voir de belles villas qui viendront s’ajouter au charme de cette côte tranquille.

Criques merveilleuses et plages fabuleuses

En effet, une simple observation nous permet de dresser un constat révélateur. Les Bougiottes préfèrent incontestablement les charmes enchanteurs des plages de la côte Ouest, telles que les Aiguades, Boulimat, Saket, et bien d’autres fort attrayantes par leur tranquillité, leur beauté et magnificence. Des criques merveilleuses jusqu’aux plages fabuleuses, sans oublier les vues et les panoramas à couper le souffle, cette côte a tous les atouts pour séduire et ne peut guère laisser indifférent un voyageur passionné de la mer et de la nature qui la qualifierait sans ambages de paradis. L’affluence reste, cependant, aléatoire. «On ne travaille qu’un mois et demi sur douze et encore», dit un gérant d’un petit hôtel en face de la plage. De jeunes vendeurs râlent aussi sur la plage: «Cette année, c’est apparemment la dèche». «Le tourisme empire d’année en année», fulmine un jeune restaurateur. Un peu partout des amas d’ordures ménagères empestent l’air et défigurent l’environnement. «C’est dans ce milieu que l’on passe nos vacances» dit avec regret cette dame. «Ici nous n’avons que la plage pour la détente», fait-elle encore remarquer comme pour dire que l’animation brille par son absence. Boulimat est la première plage d’une côte aux plages sauvages, criques et paysages idylliques, partout le même constat de désolation est à relever. Il y a comme un paradoxe entre ce que l’homme entreprend et la nature.
Nous quittons la côte Ouest, sous les appels incessants du vendeur de glaces et autres friandises. Sur notre chemin en direction de la côte Est, la circulation se fait dense. A mi-chemin vers Béjaïa, une fumée se dégage de la décharge de Boulimat, une odeur pestilentielle se présente devant vous pour vous rappeler une autre mauvaise plaie dans le flanc du Parc national de Gouraya. L’air empeste.
Il faut vite fermer les vitres, le temps de la traversée. La délocalisation de la décharge publique tarde à voir le jour. C’est tout de même pas l’image qu’il faut offrir en dernier à un visiteur, jusque-là charmé par la beauté de la côte Ouest.
Tichy. Des bus déversent des flots d’estivants occasionnels.. Venus des différentes régions du pays, ils sont là pour le week-end tout au plus. Une mer de parasols squatte la bande sableuse qui s’étale sur des kilomètres sans interruption. Les gros bouchons, à l’entrée de Capritour, ne sont plus de mise.
La circulation est fluide bien que l’extension et les modifications qu’a subies la route ne soient pas totalement achevées. Encore un fait humain qui dérange la vue. Tichy tient à sa réputation et continue à drainer les foules. La ville est sens dessus-dessous. Ambiance plutôt chaotique que festive. Manifestation par-ci, inquiétude par-là. Les plages sont prises d’assaut. Fait paradoxal: les hôtels ne sont qu’à moitié pleins. Halte à l’hôtel. Les Hammadites, un établissement d’Etat. A première vue, rien n’est fait pour l’occasion. L’on apprend sur place que la direction générale a suspendu la vente d’alcool. La bâtisse qui s’étale en longueur, agrémentée d’un jardin plus ou moins bien entretenu, aurait pu constituer le complexe de rêve. Les chambres sont d’un bon standing. Non loin de là, le club Alloui et l’Hôtel Syphax se côtoient pour illustrer tous les efforts d’un investissement privé. Chez M.Aroudj, l’installation d’un ascenseur et la réfection de toutes les chambres étaient de mise. Très bon rapport qualité/prix.

C’est comme ça depuis 2005

L’établissement se remplit peu à peu. «On n’affiche pas encore complet mais pour août, c’est garanti», ajoute-t-il, avant de lâcher: «Nous subissons une concurrence déloyale de la part de certains propriétaires privés qui louent occasionnellement garages et appartements.» Plus loin, un salon d’été se tient sans exposants. Une espèce de baraquement qui n’offre rien de bon à voir. En traversant la ville, nous avons constaté des travaux à plein régime. «C’est comme ça depuis 2005», confirme un commerçant qui nous montre des produits couverts de poussière: «Je ne fais que nettoyer du matin au soir», soutient-il sur un ton amer. Un peu plus loin, Aokas.
Une trentaine de km à l’est de Béjaïa. La longue chaîne de visiteurs de la grotte féerique n’est pas encore d’actualité. A notre arrivée, seule une dizaine de touristes s’apprête à une visite guidée. «Ce n’est pas pour l’instant le grand rush», affirme un guide. Nous sommes au complexe Sahel, un établissement qui s’agrandit au fil des ans. Au troisième étage construit récemment, M.Mouhli nous fait visiter tous les changements apportés pour mieux accueillir ses clients. Chambres flambant neuves, elles sont toutes équipées pour un séjour agréable. Une vue magnifique sur la mer s’offre à nous. Mais on déchante dès que l’on pose le regard sur la côte.
Hormis l’espace faisant face à l’hôtel, le reste de la plage est jonché de débris de toute sorte. «Nous faisons la maximum pour nettoyer mais on ne peut pas tout faire», explique le gérant: «Ce complexe unique de la ZET (zone d’expansion touristique) d’Aokas attend sa clientèle à laquelle il promet une piscine pour bientôt.» A Souk El Tenine avec ses dizaines de camps familiaux, les commerçants s’interrogent sur l’absence d’estivants. «Hormis le week end, il y a très peu de monde», commente ce jeune qui a dû débourser 10 millions de centimes pour s’installer. Il garde espoir de récupérer au moins son investissement. La saison estivale représente une aubaine pour de nombreux citoyens de la région pour gagner leur vie. A la lisière de la plage: le complexe étatique El Djorf. Nous sommes à Melbou.
Un client s’apprête à rejoindre son bungalow avec sa famille après une journée de baignade et de lecture. Il est originaire de Sétif. C’est un habitué de ce complexe. Si le cadre familial y est, notre interlocuteur regrette l’absence d’animation: «J’aurais bien aimé un plus d’animation comme cela se fait en Tunisie.» Ce regret est d’ailleurs largement exprimé un peu partout. La Tunisie attire le gros des clients potentiels de nos complexes touristiques pour ce qu’elle offre en matière de commodités. La grande affluence est attendue à partir du 15 juillet. C’est l’espoir des professionnels du tourisme et de la population de la région de Béjaïa.
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