La culture touarègue

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La culture touarègue

Message  liberio le Ven 19 Sep - 18:33

Issouf Maha - Albert Dechambre


L’art de l’inzad, l' « Achak » le code d’honneur, les réunions galantes appelées « Ähâl », la parole voilée « Tanghalt », sont les éléments symboliques constitutifs de la culture touarègue fondée sur la solidarité, le courage, le respect des aînés et la réserve.

La société touarègue n'a pas de code écrit. Elle possède un code de conduite morale appelé Achak, l'ensemble des règles sociales que chacun doit observer pour la pérennité de la société dans l'environnement hostile qui est le cadre de vie du Touareg, la solidarité, la protection de la femme et de l'enfant sans tenir compte de leur appartenance ethnique ou raciale, la protection et le respect des personnes âgées. Achak impose à chacun un comportement digne dans la perspective d'affronter les difficultés ambiantes : la soif, la fatigue, le désespoir, la maladie ou le chagrin.

Pour matérialiser cet esprit, Achak a été inféodé à un instrument de musique devenu de ce fait célèbre, l'inzad ou le violon touareg monocorde (on écrit aussi imzad ou anzad selon les régions). Toute violation des règles établies est synonyme d’insensibilité à l’inzad. L’instrument détient son nom en tamachek de son élément principal, le crin de cheval. L'instrument est d'une constitution très simple : une demi calebasse sur laquelle est tendue une peau de chèvre, deux morceaux de bois constituant le manche et l’archet, deux crins de cheval et un chevalet. Le manche est maintenu sur la calebasse au moyen de deux trous dans la peau de chèvre. Le son peut paraître ordinaire mais pour le Touareg, il est plein de signification. Il incarne la notion d'Achak, le courage, l'honnêteté et le comportement responsable. « Au nom du violon » est un terme courant synonyme de « Au nom de l'honneur ». Des hommes droits et courageux qui respectent l'Achak, les Touaregs disent qu'ils méritent l'inzad, qu'ils sont des "entendeurs d'inzad". Toute la philosophie de l’inzad repose sur l’honneur, la dignité, la franchise, la nécessité de vivre debout, en un mot l'Achak.
Dans leur discours, les chefs de guerre et autres responsables politiques font toujours allusion aux notes d’inzad pour maintenir le moral de leurs hommes lors des dures épreuves. Tout homme touareg fier de l'être et fier de sa culture est sensible aux notes d'Inzad. S’il n’entend pas l’inzad, il est de fait banni de la société et déshonore sa famille, son campement et même sa tribu. Ainsi l’inzad est-il au cœur de la culture touarègue.

Telle une hallucination, l'Inzad vous transporte dans un monde lointain, celui d'autrefois, un monde saint et indemne de toute souillure. Une perpétuelle leçon de morale qui, à chaque instant, torture la conscience de ceux qui violent les règles établies. On dit souvent que c'est quand I'inzad n'est pas fréquent dans un campement que les hommes se permettent certains écarts. Manger dans la rue, refuser de l'eau à des femmes ou des enfants, ne pas respecter les vieillards, se plaindre ouvertement des douleurs, fuir un duel ou une bataille rangée, attaquer une personne sans défense, ne pas assister une personne en danger, fut-elle ennemie, voler sans risque, mentir, sont des actes proscrits. Le violon doit venir à l'esprit d'un homme chaque fois qu'il doit accomplir un acte bon ou mauvais, chaque fois qu'il se trouve en danger ou dans une difficulté quelconque. Ceci devient une habitude au point que chaque fois qu’un homme prend une décision à contre coeur, il fait allusion à l'Inzad ou cite une violoniste. Même quand il fait un mauvais geste, le touareg cite l'Inzad par réflexe.

Jouer le violon est un art authentique. C'est pourquoi, les violonistes ne sont pas nombreuses. Les hommes effectuent de grands déplacements pour les visiter, les écouter et chanter pour elles. Pour certains, c'est une cure nécessaire qui les aide à éviter tout acte avilissant. Le soir, les jeunes femmes du campement se regroupent autour de la violoniste. Les hommes viennent en ordre dispersé pour élargir le cercle. Celui qui en a le désir peut chanter et c'est pourquoi, il n'est pas rare de voir dix chanteurs accompagner la violoniste. Les poèmes sont composés et chantés par les hommes. La violoniste suit la mélodie et la mémorise. Elle peut la reprendre seule ou accompagnée du chanteur. Une fois la chanson composée, elle rentre dans le répertoire de la violoniste. Elle peut être interprétée par d'autres violonistes accompagnées par d'autres chanteurs.

"Mais cette inestimable richesse, cet authentique véhicule des soupirs étouffés s’éteint à petit feu. Les anciennes ne transmettent plus et chuchotent à voix basse le drame qui les menace. Les jeunes ne prennent plus le temps d’écouter, inquiets de la rumeur qui vient des villes. Peuvent-ils retrouver les drailles qui les ramèneront à leur oued en décidant d’aller vers l’inconnu ? Pourront-ils retrouver leur vieux puits, leurs troupeaux efflanqués et leurs délicieuses causeries autour du feu des campements ? Les anciens en doutent fort ! Une fois dans le faste que leur fait miroiter le progrès, vont-ils conserver les bribes de leur identité ?

Comment faire pour perpétuer ces mélopées provenant du simple geste des doigts courant et sautant sur un simple fil tendu fait de crins de chevaux ?

Ainsi s’exprime Ibrahim Manzo Diallo dans son récit non publié « L’inzad ou les soupirs étranglés » pour traduire la peur et le désarroi qui habitent les siens. Nous nous sommes permis d’adapter quelques phrases de ce récit pour introduire cet instrument éminemment symbolique et concret.
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