TAM: Récit d’un fabuleux périple inaugural

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TAM: Récit d’un fabuleux périple inaugural

Message  setamir le Sam 15 Nov - 19:17

Le Soir d'Algérie du 15/11/2008
Reportage
De notre envoyée spéciale, Khadidja Baba-Ahmed

TROIS JOURS À TAM AVEC AIR ALGÉRIE
Récit d’un fabuleux périple inaugural



«J’ai bon espoir que la réouverture de cette ligne directe Paris-Tam marche.» Ce qui fait dire cela à Abdelkrim Benahmed, représentant général en France d’Air Algérie, c’est probablement l’analyse du marché qui a dû précéder et conduit à la relance de cette ligne directe abandonnée depuis 10 ans, mais c’est aussi l’engouement qu’ont manifesté les tour-opérateurs et la presse étrangère spécialisée à la reprise de cette destination.

Vingt tour-opérateurs étrangers, tout autant de journalistes de la presse spécialisée ou généraliste français et autres européens ; un diplomate — l’ambassadeur du Mexique en Algérie — en jean-baskets, tous ont fait le voyage inaugural du 8 au 11 novembre qui restera, nous ont-ils dit, «une féerie, un moment fort dans leur vie» et pour les touropérateurs une destination «à inscrire dans leurs produits et à promouvoir». Un périple de deux jours aux fins fond du Sud, avec un convoi de onze 4X4. La participation financière, en hommes, matériel, hébergement et transport de pas moins de 34 agences de voyage locales, une logistique — hébergement, restauration, transport — dont on craignait qu’elle ne puisse suivre et qu’elle capote par l’improvisation ou la mauvaise coordination devant tant d’étrangers de la profession, il n’en fut rien et nous avons eu droit à une organisation qui a été réglée par l’équipe Air Algérie comme du papier à musique. Et, ce qui ne gâte rien : un débat nocturne, non prévu celui-là, engagé par les tour-opérateurs, sur la politique touristique, digne des plus riches assises sur le sujet. Cerise sur le gâteau aussi : la présence du comique et comédien Smaïl, toujours égal à lui-même et très ému que la compagnie nationale l’ait invité à ce périple, «moi qui suis en permanence dans le besoin de me replonger dans mes racines». Ou encore ces propos du comédien Abel Djafri qui s’est dit «très ému qu’on mette le Grand Sud, son terroir d’origine, au cœur de l’actualité».
21h45. Comme prévu, le Boeing 737 800 décolle de l’aéroport d’Orly, comme il le fera à l’avenir, tous les samedis à la même heure pour reprendre le dimanche matin, son retour sur Paris, raccompagnant les touristes qui auront bouclé leur séjour saharien. Outre les tour-opérateurs, ou TO (raccourci consacré par le métier), 60 touristes font partie du voyage. Pour ce vieux couple rencontré avant le décollage, Tamanrasset n’est pas une destination inconnue. «C’est, nous dit l’épouse, la troisième fois que nous nous y rendons. Vous ne pouvez imaginer les commodités que nous procure ce vol direct sans escales et sans tous les tracas des transferts». Pour Yveline Marlaud, représentante en France de l’agence algérienne Akar-Akar, la première entreprise privée de tourisme qui a débuté, en partenariat avec l’agence Explorator de Paris puis avec le Touring Club de France, y a de cela 35 ans, «nous attendions ce moment avec impatience. Même si nous avons un partenariat avec Aigle Azur qui opère aussi sur la destination, les besoins sont nombreux et cette ouverture de ligne par la compagnie nationale va booster notre activité». Le confort des sièges de l’appareil nous permet de passer les quatre heures de vol sans contorsions et sans dommage pour nos vieux os. Mais là n’est pas le seul avantage : aucun des passagers n’a vu le temps passer : collations nombreuses ; distribution d’une presse nationale et internationale, un repas digne… d’Air Algérie tout simplement puisqu’elle est notoirement connue pour la qualité supérieure de ses repas à bord. Qualité aussi d’accueil du personnel navigant qui n’a cessé de se mettre à disposition des voyageurs, tout au long du vol. Mais bien sûr, nous n’oublions pas qu’il s’agit d’un vol inaugural pour lequel tout a dû être préparé et les consignes données pour être parfait et prouver que AA change. Apropos de cette qualité d’accueil d’ailleurs, lorsque nous questionnons le patron de AA France sur les failles de cet accueil dénoncé souvent par la clientèle, il reconnaît très aisément que tout reste à faire et que c’est là la priorité de la direction générale d’Air Algérie qui l’a inscrite comme action de progrès dans son programme d’amélioration, actuellement en cours de mise en œuvre (voir interview express de M. Benahmed).
1h45. Arrivée à Tamanrasset. Le spectacle est un peu partout. Nous nous surprenons d’abord à observer nos compagnons de voyage qui venaient pour la première fois à Tam : yeux écarquillés, ils sont surpris, à leur descente d’avion, par la fraîcheur du climat. Eh bien oui, le Sahara, c’est aussi des nuits très fraîches et nous n’allons pas manquer de le vérifier à nos dépens, alors que les organisateurs avaient bien pris la précaution de nous demander de nous munir de vêtements chauds pour la nuit. On nous demande de nous rassembler et de nous diriger vers l’entrée du salon d’honneur devant lequel le ministre de tutelle est là, entouré d’une nuée de journalistes qui l’accompagnaient dans un vol venant d’Alger et qui venait d’atterrir. Un groupe de musique locale va fendre le silence de la nuit. Les touristes français adorent, ça les met tout de suite dans le bain et ça fait très couleur locale. Bien sûr, et comme en de pareilles circonstances chez nous, toutes les autorités du coin ont fait le déplacement pour saluer le ministre. Une conférence de presse à cette heure-ci, c’est assez insolite, mais tous ceux qui voulaient interroger le ministre ont eu ses réponses (voir article de notre consœur F.-Zohra B. du Soir d’Algérie du 11 novembre). Il est près de 2h30 et tous les invités d’Air Algérie sont dirigés vers des 4X4. En y allant, nous rencontrons et saluons M. Ouahid Bouabdallah, le directeur général d’Air Algérie, qui a été d’une très grande discrétion durant toute la cérémonie animée par le ministre. Le cortège prend la route vers les hôtels réservés. Pour ce qui nous concerne, ce sera le relais saharien d’Outoul, au nord de Tam, pas très loin de l’aéroport. Etendu sur 4 hectares, ce véritable havre de paix, propriété de Mokhtar Zenkar, le patron de l’agence Akar Akar, géré d’une main de maître par Mme Badia Benchareb qui nous accueille. Il est trop tard (3h30) et nous sommes trop fatigués pour faire le tour du propriétaire et regagnons nos chambres dotées de toutes les commodités, pour deux heures de sommeil.
Echapée vers des montagnes de volcans et de sable
Réveil à 7h. Trop tôt à notre goût mais le programme que l’on nous a concocté est très dense, c’est objectivement l’émerveillement : un jardin entoure tout le relais ; des arbres fruitiers et autres jardins potagers parcourent toute la propriété dans laquelle gambadent en toute liberté des gazelles et des coqs. Après le petit-déjeuner servi en buffet avec, en prime, une confiture faite maison avec les agrumes du relais, nous voilà en route pour notre échappée saharienne, vers le Tassili du Hoggar. Saber Ahmed, notre guide chauffeur, l’homme bleu qui nous accompagnera, la journaliste d’ El Watan et moi-même, tout au long du séjour, nous sera d’un très grand secours par sa connaissance du moindre recoin des sites visités. Le convoi très long et très impressionnant de onze 4X4 s’élance dans la toute nouvelle route transsaharienne avec à bord des touristes d’un style bien particulier qui fait sourire sous cape les nombreux guides : nos chèches, mal mis, vont dans tous les sens, mais nous protègent cependant du soleil et de la chaleur qui montent, qui montent… Ça reste malgré tout supportable sur les 110 km de route goudronnée, jalonnée sur une longue distance de canalisations non encore enterrées. «Ce sont les pipes qui vont recevoir l’eau de Aïn- Salah que nous aurons inch’Allah bientôt grâce à un très grand projet de transfert», nous dit si Salah. Tamanrasset souffre, en effet, d’un manque d’eau évident. Les réflexes d’économie sont, fort heureusement, très ancrés. Nous quittons la Transsaharienne et entrons dans la grande piste de In-Azaoua. L’immensité s’offre à nous et une luminosité très particulière nous enveloppe. Au fur et à mesure que nous avançons, un paysage de roches, de tours de grès bordées de sable, s’étend sur des espaces infinis... De temps à autre, une enfilade d’arbres, vision insolite dans un espace fait de rocs aux formes travaillées par le temps, un temps qui se mesure en millions d’années, ce qui nous sera expliqué plus tard par le patron de l’office national de l’Ahaggar. Notre souffle est coupé et les remarques et questions nombreuses au guide-chauffeur laissent place au silence, à l’émerveillement face à ce parc naturel archéologique dont aucun qualificatif ne peut traduire la beauté.

Une féerie fort heureusement préservée encore
12h30. Le convoi s’immobilise. C’est notre point de chute pour cette journée et cette nuit : le camp de l’Arche où nous devons bivouaquer. En descendant du véhicule, chacun est pris par le paysage surréaliste fait d’une succession de massifs volcaniques, de dunes infinies et au centre, cette fameuse arche, rocher ciselé naturellement par l’érosion, sans intervention aucune de l’homme. Des hommes, justement on en trouve beaucoup dans ce camp. Une imposante équipe formée du responsable du camp, de cuisiniers, électriciens et autres mobilisés par les 34 agences locales partenaires d’Air Algérie, et qui nous ont précédés pour la préparation des repas, la mise en place des tentes et coupe-vent traditionnels. «Nous remercions les personnes qui fument de ne pas jeter leurs cigarettes dans le sable.» A la lecture de cette consigne, inscrite dans le programme, nous jetons un large coup d’œil sur cet immense espace, et rien, ni là ni plus loin lors de nos escapades, ne vient rompre la propreté nickel des lieux : pas de sacs en plastique ni de détritus, ni de mégots. C’est, entre autres, ça qui fait le tourisme responsable, celui qui fait de la préservation de la nature, un socle. Tout le monde a faim et nous prenons place sous les tentes où plusieurs meïdates nappées ont été dressées pour nous restaurer. Les légumes, fruits et notamment les dates sont très appréciés de nos compagnons de voyage notamment étrangers. Notre guide-chauffeur, si Salah, nous confirmait tout à l’heure qu’évidemment, eu égard au manque d’eau et en partie au climat, presque tous les légumes et fruits sont importés du nord du pays, et de ce fait, le coût de transport impacte très fortement leur prix de vente sur le marché local. La pomme de terre a atteint 100 DA le kilo, nous a-t-il précisé. Une fois le déjeuner pris, le camp prend l’allure d’une immense place de décompression, où des petits groupes se forment, allongés sous les tentes ou à même le sable chaud. Chacun se libère de ses émotions et va à la découverte de ses compagnons de voyage. Des cartes de visite s’échangent et des amitiés se nouent. Le comédien Smaïl est, comme de bien entendu, très sollicité.
15h30. Les 4X4 s’élancent vers la poursuite de la visite du Tagrera et de ses environs. De somptueux paysages nous font passer d’émerveillement en extase et le mot n’est réellement pas exagéré. Mais il va falloir faire vite pour retourner au campement avant le coucher du soleil. Sur le retour, une première voiture du convoi s’arrête. Nous faisons de même. Des peintures rupestres ! Troupeaux de gazelles, très finement immortalisées, vont à l’assaut des rocs, rappelant que ces immensités désertiques ont eu une vie, faite de création et de beauté. Dès le retour au camp de l’arche, nous sommes saisis par le fumet du méchoui et de la chorba locale qui nous seront servis tout à l’heure et que le personnel des agences s’est attelé à préparer durant notre absence. Tout d’un coup, tous les yeux se braquent au loin, entre les deux branches de l’arche, vers l’infini, au-delà de la ligne d’horizon. Une clarté rougeoyante embrase le ciel. Le coucher du soleil est un spectacle à couper le souffle. Personne ne dit rien et nous nous figeons tous dans une totale et silencieuse contemplation. Seuls les appareils-photos, caméras et autres caméscopes crépitent à immortaliser l’instant. La nuit tombe sur le camp éclairé, toutefois, par un groupe électrogène.

Quel tourisme et quels moyens ?Un riche débat improvisé
Pendant que nous nous restaurons, Abdelkrim Benahmed remercie tous les journalistes qui ont répondu à son invitation et les opérateurs partenaires de ce magnifique voyage dont les équipes n’ont ménagé aucun effort pour sa réussite. En donnant la parole aux représentants de ces opérateurs, le responsable d’Air Algérie était loin de douter qu’un débat des plus passionnants allait être engagé et permettre l’échange sur ce que pourrait être le tourisme saharien. Comment ramener plus de touristes dans ces splendides contrées ? Faut-il développer un tourisme de masse et comment éviter ses effets pervers et notamment les impacts socioculturels et environnementaux qu’il entraîne et qui peuvent remettre en cause des ressources sur lesquelles il repose ? Où aller vers un tourisme de luxe, élitiste ? un tourisme d’affaire ? Quels segments de clientèle toucher ? Autant de questions et beaucoup d’avis exprimés. Les interventions nombreuses des responsables d’agences locales se sont quasiment toutes focalisées sur les moyens que l’Etat devrait mettre en œuvre pour faire que le tourisme, celui du Sud comme le balnéaire d’ailleurs, participe réellement au développement local et plus globalement du pays. En fait, nous avons eu là des échanges très animés qui, tout en révélant l’intérêt des participants à cette relance du tourisme dans le Grand Sud, dénotent malgré tout qu’en matière de politique touristique, tout n’est pas clair, et en tout cas, la stratégie du secteur, notamment sur la question du qui-fait-quoi en termes d’infrastructures, n’est pas totalement visible.

L’imzad et la préservation du patrimoine targui
Epuisés par une journée chargée de découvertes, de riches échanges et de balades fabuleuses, nous nous endormons, certains à la belle étoile sur des sacs de couchage, d’autres sous des tentes. Vers 3h du matin, beaucoup, dont nous, sont réveilles par un vent très fort et là, l’extase : un ciel comme nous n’avons jamais eu l’occasion de voir. Toutes les constellations brillent de mille feux. Nous quittons notre couche pour nous balader loin du camp, la tête accrochée aux étoiles et nous ne revenons vers le camp qu’au petit matin, happés par l’odeur du thé et du café qui nous attendent.
9h. C’est le chemin du retour vers Tam. Ce soir, visite de la Maison de l’artisanat, puis dîner et soirée au relais saharien d’Outoul. Outre le dîner traditionnel sous les tentes, un groupe féminin de l’association «Sauvons l’imzad» qui a créé une école pour que les rares femmes qui continuent à fabriquer et jouer de cet instrument traditionnel local appelé imzad, transmettent leur savoir aux plus jeunes, nous a gratifiés d’une soirée mémorable. Bravo à toute l’équipe d’Air Algérie et bravo aux hommes bleus de toutes les agences locales qui nous ont réconciliés avec le pays réel !
K. B.-A.
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