Union pour la Méditerranée : sortir de l’abstraction

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Union pour la Méditerranée : sortir de l’abstraction

Message  setamir le Ven 4 Juil - 2:20

Union pour la Méditerranée : sortir de l’abstraction

Le Quotidien d’Oran du Jeudi 3 juillet 2008
Par Hichem Ben Yaïche

Moins de 100 jours avant le premier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, le 13 juillet 2008 à Paris, sur «l’Union pour la Méditerranée», ce projet en gestation s’accélère. Après le sommet de Bruxelles des 13 et 14 mars derniers, où les responsables européens avaient trouvé un compromis pour l’appropriation commune de cette idée, c’est tout le projet qui, désormais, s’appellera: «Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée». En réintégrant la Commission européenne, il en deviendra l’un de ses piliers - la formule institutionnelle est encore à l’étude. On en est loin du schéma de départ !

Nicolas Sarkozy, déjà comme candidat, puis comme Président, voulait un nouvel axe fort pour la diplomatie française. Emporté par un volontarisme, dont seul il a le secret, cette grande ambition n’avait été ni travaillée, ni structurée en amont. L’improvisation et l’impréparation dans le lancement de cette idée avaient été exploitées par tous ses opposants et adversaires. La politique de la coquille vide a été extrêmement dommageable, à cet égard ! Mais, dès juillet 2007, la machine diplomatique française s’était mise en marche pour rattraper cette erreur d’appréciation et de méthode !

Reconnaissons, cependant, cette réalité: jamais la Méditerranée n’a autant fait parler d’elle et occupé, à ce point, les esprits. Incontestablement, l’électrochoc s’est produit, et l’onde de choc continue à produire son effet. Pour avoir arpenté et suivi dans les coulisses cette Union en émergence, continuer ce travail d’observation journalistique, pour rendre visible l’élaboration en cours des projets, est toujours utile et important.

Alain Le Roy, ambassadeur en charge du projet, s’est rapproché géographiquement du palais de l’Elysée, en s’installant avec son équipe à l’hôtel Marigny, lieu prestigieux s’il en est, habité par les mânes de la République et ses invités de marque. De ce quartier général, un temps déstabilisé par les réticences allemandes, il s’est remis au travail, avec la foi chevillée au corps. Notre rencontre pour un briefing a duré près d’une heure. La France, en totale coordination avec ses partenaires du Nord et du Sud, va poursuivre cette méthode jusqu’à la rencontre au sommet de juillet prochain.

A la fin du mois d’avril, la liste des projets qui vont être inclus dans l’agenda des chefs d’Etat ou de gouvernement sera publiée. En attendant, c’est une véritable course contre la montre afin d’assurer jusqu’au bout la phase actuelle de présélection des projets. La France n’est plus maîtresse dans cette nouvelle esquisse, puisque tout doit être validé par tous les autres partenaires, mais celui qui a les mains dans le cambouis - en l’occurrence l’ambassadeur Le Roy - a, d’une certaine façon, un petit pouvoir d’influence, car il est tout autant le synthétiseur et le coordonnateur en chef des idées en circulation, qu’il va falloir fixer et coucher sur papier.

Ce qui a été décidé, selon notre interlocuteur, c’est de faire émerger dix grands projets qui vont être présentés, avec une centaine d’autres de moindre importance, à la rencontre du 13 juillet prochain: accès à l’eau et dépollution, autoroutes maritimes, bouclage électrique méditerranéen, création d’un fonds pour les PME et d’un autre pour les Infrastructures, Office méditerranéen de la jeunesse, etc. Cela fuse de partout ! Cette phase d’élaboration est capitale car c’est à partir de ce moment, où l’implication des uns et des autres est décisive, que l’on pourra donner de la chair à cet idéal méditerranéen. L’interpellation première s’adresse aux pays du Sud, lesquels semblent reproduire le mode de comportement de celui qui prévalut à l’EuroMed. C’est le moment de travailler en profondeur les projets et de pousser plus avant l’expertise. Chaque pays doit conduire ce travail, mais une concertation entre partenaires du Sud est essentielle pour développer une vision commune. Une chance historique qui ne se reproduira pas de sitôt pour rompre le conservatisme, et sortir de certains archaïsmes. Cette appropriation est la clé de voûte de cette relance ! Une attitude proactive est la meilleure stratégie !

Un test pour l’avenir de la Méditerranée
Bien évidemment, de nombreux points sont encore flous dans ce projet. D’ici juillet - même si le temps est court -, de nombreux rendez-vous vont avoir lieu sur les problématiques de la Méditerranée: à Bruxelles, Barcelone, Rabat, Marseille, etc. C’est le moment de préempter les thématiques. Des équipes doivent se mobiliser pour «plancher» sur tous les détails des projets. La pluralité des intérêts ne doit pas mettre en péril la nécessité d’avancer dans une cohérence d’ensemble. C’est un test grandeur nature pour imposer des choix à cette Méditerranée qui n’a pas cessé d’être, ces dernières années, une abstraction pour les peuples du Sud, pour cause de «verrouillage» des frontières des pays de la rive nord. La guerre des perceptions précède toujours celle des civilisations.

Reste ce détail capital: le sommet est sommé, si je puis dire, de valider des idées nouvelles, de marquer une rupture en termes de vision et de prise de décision avec le passé pour donner à cette Méditerranée un nouvel horizon. L’après sera conditionné par ce moment historique à nul autre pareil ! Cette «propriété commune» (moulkia mouchtaraka, comme aime à dire en arabe Alain Le Roy) s’édifiera et existera, avec une belle perspective historique pour l’avenir. Ou disparaîtra des écrans radar pour longtemps ! Ce sont les hommes politiques qui en décideront !
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