Les deniers jours du colonialisme français en Algérie (1ère partie)

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Les deniers jours du colonialisme français en Algérie (1ère partie)

Message  setamir le Ven 4 Juil - 3:01

Les deniers jours du colonialisme français en Algérie


El watan du jeudi 3 juillet 2008

Par Boukhalfa Amazit (1ère partie)

L’OAS, le côté obscur d’une armée en déroute
Insidieusement, tel le sable poudreux et sournois charrié par un puissant simoun, l’idée que c’est le FLN qui a chassé les Européens d’Algérie s’est insinuée partout, et s’est installée à perpétuelle demeure dans les esprits, portée par des ouvrages souvent présumés « sérieux », écrits par des historiens putatifs, « crédibles », pour ne pas dire « auteurs impartiaux », qui ont, jusqu’ici, abordé la question, s’il en est d’« absolument objectifs » et de « totalement désintéressés ».
Un peu comme le mythe grotesque du massacre de 150 000 harkis au lendemain de l’indépendance. C’est, autrement dit, la fameuse parabole du « mensonge mille fois répété » qui devient une vérité. Pourtant, dans le souvenir des uns comme des autres – les uns étant forcément les Algériens – il ne fait pas de doute que ce terrifiant slogan « la valise ou le cercueil », est né de l’esprit démentiel des sicaires regroupés au sein de l’OAS par le général Raoul Salan, sinistre birbe, criminel, assisté de condottieres glanés ici et là dans la souille du colonialisme crépusculaire. Château-Jobert, Degueldre, Demarquez, Gardes, Godart, Lagaillarde, Pérez, Susini, Ronda, Vaudrey et des centaines d’autres assassins patentés, jouissant de complicités au sein de l’administration, des services spéciaux, de l’armée, de la police, de la gendarmerie, par eux équipés, ont déchaîné leurs milices contre les populations civiles, bien avant le 19 mars et l’entrée en application des accords d’Evian. L’OAS, créature de la haine, est une abomination extrême, droit sortie du ventre de la guerre.
Seule, elle est apte à enfanter une telle répugnance. On date souvent, et à tort, la naissance de cette entreprise diabolique à la période qui a succédé à la tentative du putsch avorté d’avril 1961, fomentée par « un quarteron de généraux en retraite » : Challe, Jouhaud, Salan, Zeller, pour ne pas les nommer. En réalité, l’OAS est née avant le désastreux pronunciamiento. Les exécuteurs des « commandos delta » n’étaient que les effroyables donataires de leurs aînés comme la main rouge, le comité des quarante, les groupes du club Charles Martel, etc. Dès le mois de janvier 1961, les nervis les plus politisés, cornaqués par le général Raoul Salan, 62 ans, flanqué de quelques affidés comme Jean-Jacques Susini ou Pierre Lagaillarde, lesquels se sont distingués durant tout le conflit par leur activisme et leur cruauté, ont emmanché le projet. Enforcis de quelques parlementaires de l’honorable Assemblée nationale française, dans « la clandestinité » mais sous le soleil, chez Bahamonde Franco, caudillo de la très catholique Espagne, qui leur a offert l’hospitalité, ils avaient pactisé au bas de ce qu’ils ont appelé « les accords de Madrid ». La presse de l’époque ne s’en était pas fait l’écho.
Est-ce parce que le secret était hermétiquement scellé, ou alors les conciliabules ibériques d’un général pensionné, aigri et d’un tout-fou comme le député Pierre Poujade, géniteur politique du tortionnaire Jean-Marie Le Pen, ne méritaient pas une brève, pas même au bas d’une page de gauche ? Si cette dernière hypothèse a prévalu, on en mesurera après coup l’étendue de l’erreur car, de ces escapades madrilènes serait née la noire monstruosité qui ne s’appelait pas encore l’Organisation armée secrète (OAS). Cependant, le 15 janvier 1961, un porte-parole de Joseph Ortiz, cafetier de son état, poujadiste de religion, impliqué, Ô paradoxe ! dans l’attentat au bazooka du 16 janvier 1957 qui visait le général… Salan, alors commandant de la 10e région militaire, annonçait la création d’un « Gouvernement provisoire de l’Algérie française ». Le 4 mars, un premier tract distribué à Alger, révélait la naissance d’une « armée secrète ». Deux jours après, apparaissaient sur les murs de la ville blanche, les trois sinistres lettres : O - A - S. Le 9 mars, un autre tract annonçait urbi et orbi que « l’union sacrée » était réalisée, le document donnait même la composition de l’organisation.
Parallèlement, le verdict de clémence prononcé en mars 1961 en faveur des insurgés de la semaine des barricades de janvier et février 1960, a enhardi les candidats à l’aventure hystérique. Le procès jugeait les émeutiers anti-gaullistes favorables au général Massu. Ce dernier, paladin hiératique du petit peuple de Bab el Oued, nimbé de ses succès contre les réseaux du FLN à Alger, durant et après la grève des huit jours, (janvier à octobre 1957), venait d’être précipité dans la disgrâce et muté outre-Rhin par de Gaulle pour propos « séditieux » critiquant en termes peu civils, dans le creux de l’oreille d’un journaliste… allemand de surcroît, la politique algérienne du chef de l’Etat. Malgré les 22 morts et la cinquantaine de blessés du 24 janvier 1960, premier jour des manifestations, mais sans doute pour calmer le jeu, les magistrats ont opté pour une sentence indulgente. Cette magnanimité (dont les Algériens n’ont jamais bénéficié), n’a pas été étrangère au recrutement dans la meute, d’une flopée de cocardiers récidivistes, impunis mais vindicatifs. On a très vite et même trop vitement, qualifié les membres de ces phalanges de « soldats du désespoir », pour ainsi en justifier la violence. Ce sont des « soldats perdus », les « victimisait »-on, comme pour les absoudre de leurs actes de desperados. « C’est plus fort qu’eux, ils perdent leur pays ! »
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