1954-1962, l’Algérie en flammes: La clef du succès de la révolution Algérienne (3ème partie)

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1954-1962, l’Algérie en flammes: La clef du succès de la révolution Algérienne (3ème partie)

Message  setamir le Ven 4 Juil - 23:24

La clef du succès de la révolution Algérienne


Le déclenchement de la guerre de Libération nationale, le 1er Novembre 1954, fut l’aboutissement d’une série de contradictions engendrées par la situation coloniale.


Par Mahfoud Bennoune (El Watan)

3ème partie

La réaction française : la guerre à outrance
Toutes les réactions et prises de position françaises initiales étaient prédéterminées par les vieux mythes colonialistes tels que l’Algérie c’est la France, de Dunkerque à Tamanrasset, la Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris. La presse française réaffirma la souveraineté française et accusa les pays membres de la Ligue arabe. Pour l’éditorialiste du Figaro du 2 novembre 1954 « la ligue arabe, les exilés du Caire... ne sont sans doute pas les seuls à jouer contre nous la politique du pire... » Le Monde du 3 novembre observa qu’« on objectera que les attaques... n’ont pas le ton messaliste. Elles ne se sont accompagnées... d’aucun mouvement de masse, d’émeute, de soulèvement. L’émeute une fois passée, on ne signalait pas d’effervescence suspecte. Il faudrait donc admettre que l’on se trouve en face d’une organisation étrangère aux formations nationalistes ». Pour l’Aurore du 5 novembre « les exécutants sont armés et commandés du dehors ». A son tour, France Observateur rétorqua qu’« il ne faut pas exclure que les provocateurs aient pu jouer sur l’exaspération des nationalistes extrémistes afin de briser toute évolution positive et de faire déclencher la répression » ; leur but serait d’« obliger le président du Conseil, P. Mendès France, à se désavouer ou à se démettre » en créant « l’irréparable au Maghreb ». Pis encore, L’Humanité, exprimant la position du PCF, invoquant l’enseignement de Lénine, condamna « le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux... » (6) Ce fut ainsi que la presse française, de droite aussi bien que de gauche a présagé ou, plutôt, préconditionné les positions officielles des dirigeants politiques de l’Etat français de cette période. En effet, les réactions et prises de positions des leaders furent inaugurées par la déclaration de Léonard, gouverneur général, diffusée le 5 novembre par Radio-Alger : « Je dirais... que ces faits témoignent d’un propos délibéré, alors que l’Algérie vivait dans l’ordre et la paix, alors qu’absolument rien ne pouvait justifier une telle agression, d’étendre à nos trois départements les désordres sanglants qui désolent les territoires voisins. Pour connaître les origines d’un tel complot, il suffit d’écouter les appels frénétiques de certaines radios étrangères et de savoir les liens directs qui unissent les dirigeants de cette entreprise lointaine avec les groupements terroristes qui ont opéré en Algérie. » Pour Mitterrand, ministre de l’Intérieur de l’époque, « la seule négociation avec les hors-la-loi, c’est la guerre », affirma-t-il le lendemain du déclenchement. Le 7 novembre, il réitéra sa volonté belliqueuse en déclarant que l’« Algérie, c’est la France ». Le 12 novembre, le Premier ministre Mendès France exprima la position du gouvernement français dans un discours prononcé durant un débat à l’Assemblée nationale en termes fermes et sans aucune nuance ni ambiguïté : « Qu’on n’attende de nous aucun ménagement avec la sédition, aucun compromis avec elle... Les départements de l’Algérie... sont français depuis longtemps... La France ne laisse pas mettre en cause son unité. Entre elle et la Métropole, il n’est pas de sécession convenable... Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. » En raison de telles intransigeances et prises de position belliqueuses, la guerre s’annonça dure et longue. Devant l’accroissement et l’extension des actions de l’ALN, des renforts successifs ont été dépêchés de France pour garder l’Algérie française. En février 1955, les effectifs militaires français atteignent (sans compter les goums, mercenaires, traîtres algériens et la police coloniale) 83 400 hommes. Bientôt, ces effectifs dépasseront plus de 600 000 hommes face à un nombre de combattants de l’ALN et de supplétifs variant entre 15 000 et 25 000 hommes. La détermination des gouvernements français s’intensifiait de jour en jour. En effet, quinze mois après le déclenchement du 1er Novembre 1954, le président du conseil, Guy Mollet, réaffirma, le 9 février 1956, emphatiquement : « Le gouvernement se battra, la France se battra pour rester en Algérie et elle y restera. Il n’y a d’avenir pour l’Algérie qu’avec la France. » Désormais, fort du soutien de l’assemblée nationale qui lui a accordé les pouvoirs spéciaux, le gouvernement socialiste, présidé par Guy Mollet, donnera carte blanche aux généraux pour mater la rébellion, anéantir les bandes de hors-la-loi et rétablir la paix coloniale. La découverte des hydrocarbures au Sahara en 1956 contribua au durcissement de la position française. Incapable d’intensifier la guerre pour maintenir l’Algérie française tout en gardant la Tunisie et le Maroc sous sa domination directe, la France fut contrainte par la tournure des événements d’accorder à ces deux pays voisins d’abord l’autonomie interne et, ensuite, l’indépendance. Cette paix séparée a permis au pouvoir colonial de concentrer ses troupes en Algérie en vue de tenter, en vain, de détruire les unités de l’ALN et de démanteler l’organisation du FLN. Croyant à tort que le président Nasser était l’instigateur principal de la rébellion algérienne, le gouvernement socialiste de Guy Mollet entraîna la France dans l’agression tripartite contre l’Egypte en 1956. Cependant, le succès militaire, politique et diplomatie de la résistance algérienne finit par provoquer une triple crise : gouvernementale, parlementaire et financière en France. Devant ce désordre politique et économique, les généraux ont opéré un putsch militaire en Algérie, grâce auquel le général de Gaulle fut rappelé au pouvoir par un parlement acculé. Ce qui entraîna l’écroulement de la IVe République et l’établissement de la Ve. Une fois au pouvoir, le général de Gaulle procéda à la « décolonisation de l’Afrique française », afin de concentrer l’effort de l’armée sur la « pacification de l’Algérie » ! Il accorda aussi dans le domaine militaire carte blanche aux généraux pour essayer, en vain, d’anéantir les combattants de l’ALN. En dépit d’énormes difficultés créées par les opérations Challe (7), l’ALN a non seulement réussi à survivre, mais elle a continué à harceler les forces ennemies à travers tous les coins du territoire national. Les coûts de la guerre ont atteint des niveaux insupportables. Par exemple, les dépenses militaires annuelles de l’Etat français s’élevèrent de 2,8 milliards de nouveaux francs en 1955 à 10 milliards en 1960. (Cool L’effort de guerre français, visant à maintenir le statu quo colonial, a entraîné la radicalisation de la guerre d’indépendance.
De la guerre révolutionnaire de libération à la révolution socio-politique
La guerre à outrance que l’armée d’occupation a menée contre les résistants algériens et surtout les populations rurales (comprenant plus de 80 % des habitants), qui les logeaient, les guidaient, les nourrissaient et leur fournissaient des combattants et des auxiliaires, a fini par transformer une guerre révolutionnaire en une véritable révolution. Elle a abouti à un changement des rapports de force au sein de la société en faveur des couches populaires et des activités qui ont eu le mérite de débloquer une situation politique paralysée par l’inertie, l’inconséquence et l’inefficacité des dirigeants des rassemblements, mouvements et partis politiques réformistes. En effet, une fois leur première mission accomplie, les chefs politico-militaires des zones et leurs hommes se regroupèrent afin de procéder à la mise en place, à la consolidation et à l’extension en arabe nidham. Leur tâches principales étaient de structurer les populations rurales et urbaines, démultiplier le recrutement des militants du FLN et des combattants de l’ALN, d’établir des bases sûres, des réseaux de communications et de la logistique. Durant des mois, les armes des combattants réguliers provenaient des récupérations effectuées par l’ALN dans les embuscades et les accrochages avec l’armée française. Dès le début, la stratégie de l’ALN peut être résumée ainsi : survivre c’est vaincre. En effet, étant donné l’inégalité des forces des deux adversaires, les affrontements militaires classiques étaient exclus, sauf dans de rares cas. L’ALN a eu pour directive de frapper et se replier vite. Cette tactique lui a permis non seulement de se procurer des armes, des munitions et même des habits, mais surtout de garder l’initiative et l’avantage offert par l’effet de surprise. Conscients des faiblesses numériques et matérielles de la résistance des forces centrifuges latentes inhérentes à une société segmentaire et surtout marquée profondément par l’histoire du mouvement national et de l’expérience traumatique de la crise du PPA-MTLD, les fondateurs de la révolution de Novembre ont mis en place, graduellement, une organisation révolutionnaire omniprésente, autoreproductrice et, par conséquent, imbattable à long terme. Se basant sur le vieil adage : l’union fait la force, ils ont demandé à toute la population algérienne d’accepter de se soumettre aux exigences de la dynamique unitaire et organisationnelle mise en mouvement par le PPA-MTLD depuis les années 1920, à sa logique et à ses implications politico-militaires. En effet, la réalisation des objectifs assignés à la nouvelle organisation politico-militaire exigea l’imposition du FLN comme un parti-nation.Ainsi,lesdifficultéset problèmes créés par les inégalités des forces algériennes et françaises ont été finalement surmontés par une efficience organisationnelle, rendue possible par une direction politique unique. Cette combinaison constitua l’avantage à la fois stratégique et tactique de la résistance algérienne. Le procès-verbal du congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956, révéla les progrès énormes réalisés par la révolution armée au bout de vingt et un mois. Sans compter la zone I qui n’était pas représentée en raison de la mort de son commandant en chef, Ben Boulaïd, la révolution disposait déjà de 7469 combattants réguliers, de 15 570 partisans civils (moussebiline), de 2464 armes de guerre, de 893 500 000 anciens francs et et de milliers de militants du FLN (9). Le succès de la nouvelle organisation révolutionnaire a entraîné progressivement le ralliement des forces politiques représentées par les centralistes modérés, les partisans de l’UDMA, des Oulamas (10) et même des élus et des administratifs collaborateurs au FLN et à l’ALN. Cependant, à l’exception des centralistes qui ont rejoint les rangs du FLN sans trop tarder, toutes les autres forces politiques ont attendu jusqu’après le succès décisif remporté par la zone II du Nord constantinois durant l’attaque généralisée du 20 août 1955. La réaction répressive de l’armée et de la police coloniales - qui ont procédé à des massacres collectifs de milliers de civils algériens - provoqua une rupture presque totale et irréversible entre les autorités françaises et les couches populaires algériennes. En somme, l’ingéniosité du FLN et de l’ALN réside dans leur façon de résoudre le problème présenté par les faiblesses numériques, matérielles et financières face à l’appareil étatique ennemi - ayant une armée classique considérable, suréquipée, bien entraînée et nourrie - par l’implantation de structures révolutionnaires horizontales, capables de mobiliser et de canaliser les énergies les plus créatrices des militants et combattants de base. Pour obtenir un meilleur résultat de ces structures horizontales, capables de mobiliser et de canaliser les énergies les plus créatrices des militants et combattants de base, qui s’étendent spécialement sur l’Algérie et la France, des structures verticales, visant à promouvoir une division du travail indispensable à l’efficacité des actions multiples entreprises partout et à tous les niveaux de l’organisation et nécessitant conceptualisation, préparation, supervision, coordination et exécution, ont été mises en place.
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